Étoiles exotiques

11 juin 2025

Vous connaissez les étoiles normales, faites d'hydrogène et d'hélium. Mais nos astrophysiciens sont nettement plus créatifs que l'univers, et proposent des étoiles plus exotiques. Bosons, quarks, préons, Planck, électrofaible...

Fermions et bosons

Je vous avais déjà parlé de la vie et la mort des étoiles. Il s'agissait des étoiles que l'on peut qualifier de normales, celles de tous les jours toutes les nuits.

Eh bien, il n'y a pas que les protons et les neutrons dans l'univers. Voici pour rappel le bestiaire actuel :

Collection des particules élémentaires
sans parler de la version supersymétrique...

Toute la matière habituelle, dont nous sommes fait, est composée de protons et neutrons, eux-mêmes composés des quarks up et down, en ajoutant les électrons pour assurer la neutralité électrique. Ajoutons le photon qu'on aime bien, et nous avons la majorité de l'univers visible.

Pour rappel, nous connaissons déjà quelques étoiles bizarres, on l'a déjà vu dans la vie et la mort des étoiles :

  • Les naines brunes, rouge et autres géantes rouges sont des étoiles normales, dans un état particulier.
  • Les étoiles à neutrons sont composées de ... neutrons. Elles ne sont pas assez massives pour former un trou noir.
  • Les trous noirs, dont on ne connait pas l'intérieur. Mais c'est massif.

Comme en plus on cherche une victime pour expliquer la présence de la matière noire, il est tentant de piocher dans notre collection de particules, et d'imaginer de nouveaux astres qui ne seraient pas composés de protons et de neutrons : ce sont les étoiles dites exotiques. Et comme nos astrophysiciens sont imaginatifs, ils ne se sont pas arrêtés à ce tableau, ils envisagent même d'autres particules hypothétiques.

Du coup, c'est un peu la foire.

Hors concours sont les trous noirs, de toutes manières, on ne sait pas trop ce qui se passe dedans puisque rien n'en sort, ce qui laisse la place à la spéculation.

Étoile à bosons

« boson star » en anglais. Parfois aussi « dark boson star » ou « ghost star ».

Les bosons, c'est tentant, car ils présentent quelques particularités étranges. Ils suivent la statistique de Böse-Einstein, car ce sont des particules de spin entier (et pas demi-entier comme nos habituels fermions), et forment une meute rigolote, le condensat de Böse-Einstein.

Juste pour illustrer et faire joli, vu qu'une étoile à bosons est probablement peu visible...

L'onde qui forme le condensat a tendance à délocaliser ses composants, et c'est la gravité qui va les tenir rassemblés.

Pour commencer, il faudrait déjà trouver un boson stable, pas comme le muon qui possède une durée de vie très courte. Et qu'en plus un rassemblement par effondrement gravitationnel se soit formé, par exemple au début du Big Bang donnant naissance à ces fameuses étoiles à bosons.

Notez que le tableau ci-dessus n'indique que les particules élémentaires. Un boson peut être autre chose, il suffit que le spin soit entier, c'est le cas de certains noyaux.

La matière ordinaire est souvent composée de fermions, c'est le spin total qui va décider de la nature. Par exemple, le lithium-6 est un fermion alors que l’isotope 7 est un boson. Le lithium 6 est formé par 3 protons, 3 neutrons et 3 électrons, chacune de ces particules ayant un spin ½. Comme le nombre total de particules (3+3+3=9) est impair, on obtient un spin total demi-entier. En revanche le lithium 7 est composé de 3 protons, 4 neutrons et 3 électrons ; avec un nombre total de particules égal à 10, son spin total est un entier, c'est un boson.

Il existe tout un bestiaire d'étoiles à bosons : à spin 0, à spin 1, chargé, en rotation, avec une coque, en oscillation, avec des potentiels bizarres...

Masse du boson et de l'étoile

Les calculs indiquent qu'une étoile à bosons avec une masse élevée sera composée de bosons de faible masse, et à l'inverse, une petite étoile à bosons aura des bosons de masse plus importante. Du coup, le boson de Higgs est un mauvais candidat, trop massif, l'étoile à bosons résultante serait trop petite.

Notez aussi que ces étoiles ne sont pas assez denses pour pouvoir former un trou noir, donc pas d'horizon des évènements.

Si la symétrie sphérique est une solution évidente, lorsqu'une étoile à bosons est en rotation, elle adopte la forme d'un tore.

Il existe une masse maximale, de l'ordre de 10¹⁰ ☉ (masse solaire), et un minimum de l'ordre d'une masse solaire. Le champ scalaire complexe (qui remplace le champ électromagnétique) va à l'infini, mais diminue exponentiellement. Cette étoile ne présente pas vraiment de surface...

Matière noire

À part la gravitation, les bosons n'interagissent pas (ou très peu) avec la matière ordinaire : ils sont transparents. Du coup, circulez, il n'y a rien à voir, exception faite de trajectoires inattendues des objets matériels habituels, qui pourraient carrément traverser une étoile à bosons sans effet particulier. Nous avons donc un candidat intéressant pour expliquer la matière noire...

Trou noir ou étoile à bosons ?

L'étoile à bosons seule peut présenter un anneau de lumière, ce qui ne facilite pas la différence avec un trou noir.

La toute première image d'un trou noir par le télescope Event Horizon. Il s'agit de celui au centre de notre galaxie, mais est-ce vraiment un trou noir ? Et pas une étoile à bosons ?
(spoiler) Ce serait quand même un trou noir supermassif.

Si un astre passe près d'une étoile à boson, les effets gravitationnels seront du même genre que celui d'un trou noir, l'échauffement des gaz provoquant une émission électromagnétique intense.

Mais l'astre pourrait traverser l'étoile à bosons, et, à la différence d'un trou noir, "ressortir", ce que les astrophysiciens traquent assidûment... Mais aussi dans les couples où on voit une étoile normale, et manifestement un compagnon assez gros qui n'émet rien.

Les ondes gravitationnelles pourraient également nous renseigner, mais la précision actuelle (en 2025) est insuffisante pour faire la différence avec un trou noir.

Étoile de Planck

« Planck star » en anglais.

Les trous noirs posent un problème violent de singularité où la densité deviendrait infinie, rien n'empêchant matière de s'effondrer sur elle-même. Par exemple, dans une étoile normale, l'effondrement provoquent des réactions nucléaires qui augmente la température, et il en résulte une pression qui le contrarie.

Carlo Rovelli et Francesca Vidotto proposent que, dans le cadre de la gravitation quantique à boucles, la densité soit limitée par la densité de Planck. Ça ne change rien vu de l'extérieur, le trou noir présente toujours la même allure, mais la singularité n'existe plus.

La densité de Planck est issue de la mécanique quantique, et est le rapport la masse de Planck (la plus grande masse possible pour une particule unique) et du volume de Planck, le cube de la distance de Planck (distance où la gravité ne serait plus valide, il faut alors utiliser la mécanique quantique, une sorte de distance minimale possible).

La valeur de la densité de Planck est d'environ 5,15 × 10⁹⁶ kg m⁻³.

Donc le trou noir reste identique à lui-même au-delà de l'horizon des évènements (on parle parfois de trou noir avec noyau de Planck), mais au moins les physiciens dormiront plus tranquilles en l'absence de singularité.

Le temps ralentissant dans le trou noir, atteindre cette densité prendra vraiment beaucoup de temps vu de l'extérieur, la matière rebondirait, et par effet tunnel le trou noir exploserait en trou blanc...

Les calculs montrent qu'un petit trou noir (1000 milliards de kilogrammes) créé lors du Big Bang devrait émettre toute sa masse à notre époque en une seule fois, avec une énergie de l'ordre du GeV, observable avec nos télescopes.

Les trous noirs, c'est troublant.

Étoile à quarks

« quark star » en anglais.

Proposée en 1965 par les physiciens soviétiques D.Ivanenko et D.Kurdgelaidze, une autre solution pour éviter la singularité d'un trou noir est la formation d'un état particulier de matière où ce sont les quarks qui forment directement une mer, aidés par les extrêmes pression et température provoquées par l'effondrement gravitationnel.

Cela pourrait se former à l'intérieur d'une étoile à neutrons où la pression de dégénérescence (principe d’exclusion de Pauli) compense l'attraction gravitationnelle, et à partir d'un certain point, elle devient insuffisante et on passe à la mer de quarks qui prennent le relai avec leur propre pression de dégénérescence (éventuellement aidés par les forces électromagnétiques répulsives).

Du coup, on pourrait confondre ces étoiles à quarks avec une étoile à neutrons, surtout s'il reste une coque de neutrons.

Il se pourrait que la masse d'une étoile à quarks devienne suffisante pour que cette pression de dégénérescence soit dépassée, et un trou noir se formerait (avec sa singularité ?).

Étoile (à quark) étrange

« strange star » ou « strange quark stars » en anglais.

Il est possible que la température requise pour former une mer de quarks soit plus faible s'il s'agit de quarks « strange ». Une partie des quarks up et down se transformeraient en quarks strange, et on aurait alors une « étoile étrange ».

Ceci dit, nous sommes imaginatifs, et d'autres combinaisons de quarks avec divers gluons sont proposées pour former un plasma quarks-gluons. Il y en a toute une tirée.

Étoile à préons

Les préons sont des particules subatomiques hypothétiques qui composeraient les quarks, les leptons, éventuellement aussi les bosons de jauge. Si les préons fermioniques existent, alors il devrait exister aussi un objet compact, une étoile à préons.

Une étoile à préons aura des densités énormes, dépassant 10²³ kg/m³, plus qu'une étoile à neutrons ou une étoile à quarks. Elle pourrait avoir été créée à partir d'une supernova ou directement au Big Bang.

Évidemment candidates pour représenter la matière noire.

Étoile électrofaible

« electroweak star » en anglais.

Dans la recherche de solutions pour éviter la singularité du trou noir, la conversion des quarks en leptons via la force électrofaible provoque une pression de radiation suffisante pour qu'un corps de la taille d'une pomme et contenant 2 masses terrestres puisse être stable (avec émission de neutrinos).

Étoile Q

« Q-star » en anglais.

Q pour la conservation de la charge baryonique, stabilisant la matière contre la conversion des forces faibles, fortes et électromagnétiques.

Consultez le papier ci-dessous pour en savoir plus.


Ce fut un rapide survol de ce qui est proposé. Dans le tas, y-en aura-t-il une qui existera vraiment ?