L'effet électrocalorique ECE
Où on se rend compte de l'importance du champ électrique appliqué dans les échanges énergétiques. Et que l'application du champ électrique peut consommer beaucoup d'énergie si on n'y prend garde.
Échanges énergétiques
Pour rappel, les échanges énergétiques détermineront le rendement de notre machine frigorifique :
Mais où se situent les dépenses d'énergie dans notre cycle ?
Nous allons détailler ici la séquence de polarisation/dépolarisation afin de mieux voir ce qui se passe, et surtout de voir ce que l'on ne comprend pas. C'est très rarement expliqué de cette manière alors profitez-en.
Charge
On n'oubliera pas que cette permittivité est une conséquence de ce qui se produit au niveau moléculaire, à commencer par l'orientation des dipôles, et on peut aussi parler d'un changement de phase.
A la fin de la charge, on constatera cette valeur, εr0.
Décharge sans récupération de chaleur
Récupération d'énergie
Extraire du froid
Bilan calorifique
Bilan global
L'énergie électrique injectée dans la capacité électrocalorique est divisée en plusieurs sections :
- Une énergie liée à la dépense thermodynamique pour séparer le chaud du froid, absolument irrécupérable
- Des pertes irrécupérables dans le matériau électrocalorique, difficiles à évaluer
- Le restant est récupérable sous forme électrique, sauf que l'électronique n'est pas forcément parfaite, et une petite partie sera perdue en chaleur (à l'extérieur du système EC). Mais il est important de la récupérer pour obtenir un bon rendement.
Dans les cas où des mesures soigneuses ont été réalisées, des pertes de l'ordre de 15% ont été vues entre charge et décharge. Mais pas d'explication claire quant à la nature et localisation des pertes (dans et hors le matériau EC)
On trouve des papiers qui vous expliquent des rendements avec des valeurs d'enfer dans le titre, sauf qu'il ne s'agit pas du rendement de la machine frigorifique (ce n'est pas le COPfroid), mais le rendement de l'électronique pour piloter la capacité à charger.
On se console en se disant que les chercheurs se sont rendus compte que la récupération d'énergie avec de l'électronique adaptée est primordiale.
Ces papiers sont difficiles à comprendre, mais c'est vrai que le problème n'est si pas aussi simple qu'il en a l'air. Voici les plus pertinents au moment où cette page a été créée :
- [2022] Enhancing Electrocaloric Heat Pump Performance by Over 99% Efficient Power Converters and Offset Fields / Stefan Mönch et al.
- [2023] A 99.74% Efficient Capacitor-Charging Converter Using Partial Power Processing for Electrocalorics / Stefan Mönch et al.
Notez que les électroniciens savent réaliser des convertisseurs d'énergie électrique avec une excellente efficacité depuis des lustres (97% de récupération est une excellente valeur, 99% est quasiment impossible). Dans le cas présent, il s'agit de s'adapter aux conditions particulières, la valeur de la tension électrique pour l'essentiel, et éventuellement des ruses pour décaler la tension afin d'améliorer le système (et on se demande la raison physique).
Nous vous souhaitons bien du bonheur pour lire ça.
A propos du COP
Il conviendra d'ajouter les dépenses énergétiques annexes si jamais on a besoin de pompes, ventilateurs dépendant de la conception du système.
On ne s'en occupera pas ici, mais ces dépenses annexes peuvent devenir prépondérantes si on n'y prend garde.
Energie thermodynamique à injecter
Quelle énergie est à injecter dans le cycle pour que l'ensemble fonctionne ?
La question est visiblement difficile à répondre si on essaye de comprendre ce qui se passe au niveau de la capacité électrocalorique. On ne sait pas trop comment l'énergie est répartie, ce qui est à mettre au compte de l'orientation des dipôles, du réseau cristallin et de ses déformations, etc.
Et pour ne pas arranger les choses, les divers matériaux sont différents les uns des autres, et exhibent des caractéristiques difficiles à mesurer. Et les paramètres dépendent tous les uns des autres.
Astuce pour l'évaluer
Au lieu d'essayer d'évaluer l'énergie injectée via la capacité électrocalorique, on peut partir de la formule d'une machine idéale où Carnot nous donne la formule du COPfroid.
En voici une explication relativement logique pour comprendre d'où ça sort.
Si vous supposez que l'énergie injectée est nulle ─ce qui semble être le cas au premier abord─, alors on tombe sur un système impossible, un système fermé dont on peut extraire une énergie infinie.
Pour cela, il suffit de mettre deux machines thermiques, une côté chaud, l'autre côté froid.
On peut calculer le travail maximal que peut fournir une machine thermique entre une source chaude et une source froide, Carnot nous enseigne que le rendement sera 1-Tf /Tc, et on peut évaluer la quantité de chaleur disponible car on connait le ΔTEC, et on estimera la capacité thermique du matériau électrocalorique (qui doit varier un peu avec la température et son état, mais c'est secondaire).
Dans notre cas, un côté est limité en masse thermique, et c'est donc un peu plus compliqué pour faire un calcul plus précis.
Ce système arrive à fournir du travail, alors qu'aucune énergie n'est injectée : c'est impossible. Pour que ce soit viable, il faut injecter au moins l'équivalent du travail fourni :
Dans notre cas :
- on injecte de l'énergie lors de la polarisation, quand on charge la capacité
- on récupère de l'énergie lors de la dépolarisation, quand on décharge la capacité
Il est impossible de récupérer 100% de l'énergie injectée dans la capacité électrocalorique. Il faudra au minimum retrancher cette énergie thermodynamique qui correspond au travail pour séparer le chaud du froid. Pour le restant, il est très difficile d'évaluer ce qui sera vraiment récupérable...
Estimation premier ordre
Afin de savoir de quoi on parle en termes d'énergie, et où on met les pieds concernant le rendement (coefficient de performance), nous avons les valeurs suivantes à estimer :
- Variation de température ΔTEC
- Quantité de chaleur correspondante
- Tension de polarisation
- Capacité électrocalorique
- Energie de polarisation/dépolarisation récupérable
- Energie minimale à injecter pour que ça marche
L'objectif n'est pas d'avoir de valeurs précises, mais un ordre de grandeur. Des valeurs précises requièrent de connaitre le matériau dans le détail.
Quantité de chaleur
Energie à injecter
Si vous calculez directement à partir du COP dit de Carnot d'une machine frigorifique, faites attention à l'écart de température, pensez à prendre le double du ΔTEC pour la différence de température.
Tension à appliquer
Energie dans la capacité
Cas du PVDF-TrFE
Cas général
L'évaluation est grossière et seulement effleurée ici, mais elle permet de voir où on met les pieds en termes énergétiques.
La capacité électrocalorique à charger présentera des pertes (facteur de dissipation), ce qui réduira le rendement, comme tous les éléments qui seront ajoutés pour extraire le froid, surtout si on commence à mettre moteurs et pompes pour déplacer le matériau électrocalorique et pousser des fluides caloporteurs...
Et la situation devient vite compliquée car on constate que l'on peut éviter des pertes en ajoutant une tension de décalage (offset) car la permittivité est parfois plus importante à champ faible que fort.
Conclusion
Ceci dit, cela laisse de la place pour obtenir des COP potentiellement intéressants.
Sauf que les papiers n'affichent presque jamais un COPfroid réellement mesuré, souvent parce que l'objectif de la manip n'est pas de faire un vrai réfrigérateur avec mesure de la puissance frigorifique et de l'énergie dépensée, mais de regarder tel ou tel aspect des choses, et on se retrouve avec des estimations qui ne montre que des améliorations relatives difficiles à saisir.
C'est un ΔTspan de 30K et une puissance frigorifique de l'ordre du kW que l'on veut. Et pas avec 1 kW de dépense énergétique, bien mieux que ça. On sait déjà faire des COPfroid de 2 à 3.
Nous allons à présent examiner un peu plus dans le détail un exemple de réalisation, celui du LIST, afin d'essayer de voir l'origine du buzz à son sujet.